dimanche 13 septembre 2009
Lauzerte 2009 : "Place aux nouvelles"

Lauzerte
L'atelier d'écriture de Françoise Guérin
13 septembre 2009
"-
C'est haut perché Lauzerte" grommela Anne-Lise en grimpant les escaliers
qui mènent du bas en haut de la Bastide. Parce que je ne sais pas si vous le
savez, pour atteindre la Place, celle des nouvelles et de leurs auteurs, il
faut grimper. Cette année j'étais escortée par deux jeunes fées novices au
talent déjà très prometteur pour les sortilèges en tout genre et de leur maman
qui levait les yeux au ciel ne sachant trop comment faire taire les babillages incessants
de ses deux jolies donzelles.
Petit
détour par les jardins du pèlerin, quelques marches encore et nous voilà sur la
place au milieu de laquelle les auteurs et leurs nouvelles avaient pris place,
si j'ose dire. En dépit du soleil qui tapait dru même sous les parasols, tout
ce bel aréopage gardait le sourire, quelques gorgées de jus de muscat aidant à
moins que ce ne soit d'émoustilleur. A ce sujet Françoise Guérin eut un doute,
elle avala une gorgée de breuvage doré, puis une autre pestant au passage de
n'avoir toujours pas goûté le Tariquet. "- Tu es bien sûre qu'il existe ce
Tariquet ?" s'enquit-elle un brin courroucé en me dédicaçant son dernier
recueil de nouvelles. Puis sans plus attendre ma réponse elle me convia séance
tenante à son atelier d'écriture. J'obtempérai, avais-je le choix ? Je parvins
quand même à m'approcher de Magali Duru et à lui voler un peu de son âme ce qui
lui arracha force cris et protestations ainsi qu'à lui faire signer un petit
mot pour Emma Bovary. "- Elle n'est pas morte ?" s'étonna Pierre
Séguéla en remisant son appareil photo dans son sac. Nous échangeâmes un regard
consterné. Bien sûr qu'Emma Bovary n'était pas morte, son âme circulait entre
les careyrous lauzertins car sinon pourquoi diantre lui écrire un mot ?!
Mais
Françoise s'impatientait, les fées novices hésitèrent, y aller ou pas ? Elles
filèrent finalement en deux coups d'ailes et disparurent au coin d'une rue. Je
me retrouvai séance tenante enfermée dans l'ancienne forge avec neuf autres
victimes innocentes ou presque. Nous fûmes torturés, nous fûmes contraints
d'écrire des "je me souviens" et des "c'est pour ton bien"
avec des stylos qui n'écrivaient pas. Elèves consciencieux nous nous exécutâmes
dans un silence religieux. Un portable abandonné égrenait sa sonnerie laconique.
Quelques curieux passèrent leur nez, Madame Guérin les bouta dehors, ferma les
rideaux et ne nous libéra que lorsque de nos mots nous eûmes tous accouchés.
Mais le
temps passe au cadran solaire du temps et même à Lauzerte il faut savoir
rentrer. Les petites fées étaient fatiguées, leurs longues silhouettes s'allongeaient
sur les façades des maisons. Quelques nuages légers moutonnèrent dans le ciel
bleu.
mardi 21 octobre 2008
Le renard, la mort et le beau

Haute Garonne
Région de Toulouse
octobre 2008
Ce week-end
il faisait beau et j'étais à Toulouse. Je ne sais pas pourquoi, mais chaque
fois que je me déplace, il se passe des choses curieuses. En vérité, tout est
resté normal jusqu'à une heure avancée de la soirée. Il ne restait que
les personnes qui devaient dormir dans la grande maison perdue dans les
vallons. J'ai soudain eu envie de rejoindre ceux qui discutaient sur la
terrasse. La conversation roulait sur les thèmes du beau et de la mort, du
"Beau" et de "la Mort" devrais-je écrire tant ils avaient
l'air sérieux (certains plus que d'autres quand même).
- Mrs K, j'aimerais bien que tu leur dises où
se trouvent Jean-Pierre Cassel et Paul Newman, me dit Fantômette en faisant
dangereusement tanguer le contenu de son verre à pied.
- A
Lauzerte, quelle question lui répondis-je.
- Hein
qu'ils ne sont pas très morts insista-t-elle ?
- Bien
sûr que non confirmai-je, juste un peu c'est tout, mais ça ne compte pas.
Je
sentis tous les regards m'examiner avec circonspection. Je me rendis alors
compte qu'il fallait une sacrée dose de conviction ou d'alcoolémie pour oser
affirmer à six représentants du corps médical que l'état de mort présente divers degrés d'importance
qui vont de "pas du tout mort" à "très mort" en passant par
"un peu mort". Personne ne se hasarda toutefois à remettre en doute
mes affirmations.
- Et une
charogne c'est beau ?
- Une
charogne est forcément très morte pensai-je.
- "Et
pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange ma passion !"
- Une
charogne n'est pas jolie, déclara quelqu'un.
- Mais
le "Beau" n'est pas forcément joli, "joli" c'est trivial,
murmura Xavier.
-
"Le Beau" est-il forcément intéressant ?
Nous
nous mîmes tous à réfléchir dans la fraîcheur de la nuit. Lao Tseu aurait
drôlement apprécié la tournure que prenaient nos propos.
-
"Le Beau" ça doit être dans l'équilibre vous voyez re-murmura Xavier.
Après
cela nous n'avions plus grand-chose à ajouter. Xavier ne parle ni très fort, ni
beaucoup mais juste. Nous sommes tous rentrés nous serrer devant la cheminée.
Par
la grande fenêtre je voyais danser l'eau bleue de la piscine et puis un renard
est passé silencieusement.
- Tiens, un renard ai-je fait remarquer machinalement
-
Où ? Où ? ont demandé les autres.
-
Dehors, au bord de la piscine, ai-je précisé.
Christophe
est sorti en courant à ses trousses mais la nuit avait déjà absorbé l'animal. Comme
si le renard du "Petit Prince" avait du temps à perdre avec des gens
comme nous. Parce que c'était bien le renard du "Petit Prince", je
suis formelle, ce roux est inimitable.
Je
suis allée dormir dans des draps avec des sorcières dessus je crois et la nuit
est partie et le matin est revenu. C'était un joli matin lumineux qui entrait
partout dans la grande maison et dans le ciel dans un coin il y avait le soleil
et dans l'autre je vous jure, il y avait aussi la lune, encore….
mardi 23 septembre 2008
Le soleil a rendez-vous avec la lune...
Lauzerte
21 septembre 2008
Dimanche je suis retournée à
Lauzerte. La dernière fois, il y avait tant de brouillard que j'avais failli me
transformer en sorcière. La première il faisait doux et j'avais bu du vin blanc
sur la Place des Cornières avec des amies délicieuses et vraies, de celles avec
qui on échange des confidences en gloussant de rire. Cette fois-ci c'était pareil,
sauf que la lumière était encore plus belle et l'air encore plus doré,
"comme en Toscane" a dit Patricia. "Comme en Toscane" a
confirmé Fantômette. Moi je n'ai rien dit car je ne suis jamais allée en
Toscane mais grâce à Stendhal je m'en fais une idée assez précise. "Il
était beau Stendhal dis Magali ?". Magali ne savait pas trop elle non plus
ce qui tombait plutôt bien car "la beauté n'est que la promesse du
bonheur". "Ça aide bien quand même la beauté" aurait dit Lao
Tseu que j'avais laissée à la maison, des reproches plein les yeux.
Décidément,
il faisait vraiment doux, une brise comme des baisers. "Fantômette, je
crois bien que Patricia s'est endormie". Son voisin sur le banc se marrait
doucement, nous aussi mais encore plus doucement.
Françoise
ne nous a pas vues, Magali affirme que c'est à cause du vin blanc moi je pense
que dès le départ les choses étaient étranges. Tenez, ma sœur elle, elle l'a
vue Françoise et Georges Flippo aussi, et même Emmanuelle Urien et Manu Causse
quoique ces deux derniers nous les ayons vus aussi. Je vous le dis c'était
étrange.
"Nous
n'avons pas revu Jean-Pierre Cassel cette année" a regretté Fantômette. Ne
me dites pas qu'il est mort, si nous l'avons vu l'an passé c'est qu'il n'est
pas si mort que ça.
Un dernier tour et déjà l'heure de rentrer. Et Françoise ? Et Françoise … mais elle était là il n'y a pas plus de dix minutes. Que voulez-vous, tout était étrange, déjà la lune en plein ciel à midi, absolument à midi !
samedi 13 septembre 2008
Lauzerte 2008 : "Place aux nouvelles"
Comme l'an passé, Mrs K et ses complices seront
présentes à Lauzerte le dimanche 21 septembre pour l'édition 2008 de
"Place aux nouvelles". Parmi les auteurs seront présentes :
- Magali Duru dont le recueil "Les beaux dimanches" est
sélectionné pour "le prix de la nouvelle du Scribe".
- Et tous les autres (leurs sites sont
en lien sur le site 'Mot compte double" et sur celui de Magali Duru)
Le troisième roman de Patricia Parry
"Cinq leçons sur le crime et l'hystérie" sortira le 9 octobre aux
éditions du Seuil. Ne le manquez sous aucun prétexte !
- M Jones est à l'honneur dans le n° de septembre de "ça m'intéresse" et dans le n° d'octobre de "Chasseur d'images".









