vendredi 6 novembre 2009
Arc-en-ciel

Dordogne
Le lac de Groléjac sous l'orage
5 novembre 2009
jeudi 5 novembre 2009
Somewhere over the rainbow

Dordogne
Lac de Groléjac
5 novembre 2009
vendredi 6 février 2009
Six sur vingt

Dordogne
La Roque Gageac, tuile
printemps 2007
Il est huit heures et quart. Je viens de
rendre la dernière copie de français à son auteur dont le visage s'illumine de
bonheur à la vue du quinze sur vingt entouré de rouge. D'ailleurs ce matin presque
tous les élèves de la classe de 3ème MDP6 arborent un sourire
épanoui : ils ont tous réussi le devoir de grammaire sur la nature et la
fonction des mots et les notes vont de douze à dix-huit et demi. Ils ont tous
réussi sauf David qui contemple hagard le six sur vingt qu'il a péniblement
obtenu. Joao me fait remarquer que le soleil se lève et que c'est beau. Tout le
monde se tait et admire le spectacle. Tout le monde sauf David qui pleure de
grosses larmes silencieuses. Je me sens toute bête et je voudrais bien lui dire
quelque chose de gentil, que c'est un accident, que j'en ai eu plein des six
sur vingt moi aussi sauf que c'était en maths et pas en français et que j'ai
quand même eu mon brevet des collèges et même le bac et tout ça. Pendant ce
temps le soleil a fini de se lever. Ses rayons tous neufs inondent la salle de classe et les mains se tendent
pour descendre les volets roulants. Je râle "Zut ! Ne les baissez pas
complètement, on dirait qu'on veille un mort ! Cédric remonte moi ce store un
peu plus, et vite". Cédric s'exécute, à contrecoeur. David pleure toujours
et le six sur vingt sur la copie est maintenant tout détrempé. Il renifle
bruyamment. Je fouille dans mon sac et lui tends un mouchoir en papier.
-
" C'est pas grave tu sais, tu feras mieux la prochaine fois".
David a posé ses lunettes et ses
grands yeux myopes me dévisagent. J'y discerne un infini désespoir et un
immense étonnement. André, son voisin, secoue la tête en signe de
découragement.
-
Mais enfin Madame, c'est pas à cause du six sur vingt qu'il pleure David !
Je
me sens définitivement bête. Bien sûr, j'aurais dû y penser, on n'a jamais vu
un gamin de quatorze ans se mettre dans un tel état pour un six sur vingt en
grammaire, où avais-je la tête ? C'est évident, la raison de ce chagrin est
bien plus terrible que cette mauvaise note.
-
Sa copine vient de le larguer m'avoue André sur le ton de la confidence, comme
quand on parle en présence d'un grand malade dont le pronostic vital est
engagé.
-
Ah… fais-je, forcément…
-
Regardez ce qu'il a reçu poursuit André en me tendant le portable de David où
s'affiche le texte d'un sms qui dit en substance : "G t Kit. T tro moch G
kif pa ton axent".
Mon
sang ne fait qu'un tour, j'ai oublié de dire que David est portugais, comme
André, Joao et Felipe et qu'ils ont tous encore un léger accent lusitanien qui
traîne dans leur français.
-
Je vais lui répondre quelque chose de très méchant, lâche David en essuyant ses
lunettes, du style : "t une gross put".
Elodie,
la seule fille de la classe lui fait
remarquer que c'est tentant mais qu'on ne dit pas ce genre de chose même à une
nana qui vient de vous larguer. Vous en pensez quoi vous Madame ?
Je
dis que je pense que David n'est pas moche du tout et que son accent est
charmant.
Je
reprends le cours. Je termine la correction du devoir sur la nature et la
fonction des mots et je commence la séquence sur le théâtre. Neuf heures
arrivent, la sonnerie retentit. Pause. J'en profite pour remplir le cahier de
textes. Je n'ai pas plus tôt commencé que David et ses copains s'agitent déjà
autour de mon bureau.
-
M'dame, regardez ce que je lui ai répondu à ma copine, enfin à mon ex : "G
m'en mok. La prof de français elle me kif tro l di ke G sui minion et mon axent
osi". Si vous saviez comme je me sens mieux et c'est grâce à vous !
Je
reste songeuse devant mon cahier de textes. A chaque jour suffit sa peine et
David aura sans doute une meilleure note la prochaine fois mais est-il vraiment
raisonnable de maintenir cette fichue dictée que j'ai prévue pour lundi ?
mardi 18 novembre 2008
On se dirait en novembre

Dordogne
Nabirat
décembre 2005
Elle me
demande s'il fait beau. Je réponds non, il pleut, il y a du vent, un moche
temps maman, un moche temps.
- Déjà
qu'on n'a pas eu d'été si ce n'est pas malheureux quand même, grommelle-t-elle.
On se dirait en novembre, tu ne trouves pas ?
Sa
tasse de café refroidit entre ses mains fripées. Par la fenêtre j'entrevois les
bois qui escaladent le côteau d'en face, les branches presque toutes nues du
ginkgo biloba et les traînées de pluie froide sur les vitres de la chambre.
Elle a raison maman, on se dirait vraiment en novembre.
-
Tu dors maman ?
Non,
elle ne dort pas, elle a l'air d'écouter les mots que je ne dis pas. Elle sent
"Dune" de chez Christian Dior.
Je trouve l'impression surprenante, c'était mon parfum avant, enfin, il y a
longtemps. Je préfère quand elle sent le 5 de Chanel. Je ne supporte plus cette
odeur que j'ai eue.
-
Je crois que je dors trop tu vois dit-elle.
Elle
se cale dans son gros coussin à volant. Elle parait soucieuse d'un coup.
-
J'ai peur tu sais.
-
Peur de quoi maman ? Je suis là.
La
veine bleue sous la peau diaphane de sa tempe bat doucement. Je sais qu'elle a
peur un jour de trop dormir mais elle ne le dira pas, des fois que ça lui
donnerait de trop mauvaises idées au sommeil. Elle termine son café en faisant
une vilaine grimace et se met à fredonner "Le Chanteur de Mexico".
-
Tu sais que je n'ai pas eu mon café ce matin ?
-
Mais maman, tu viens de le terminer !
-
Tu vois, je devais dormir encore, je ne m'en suis même pas rendue compte.
Une bourrasque chargée de pluie déferle sur les carreaux. Elle ne m'entend pas repartir, elle s'est déjà rendormie.
dimanche 16 novembre 2008
Ad vitam
"Tant que personne est mort, on peut changer d'avis"
(Lao Tseu)

Dordogne
Beynac, ancienne poste
mai 2006







