samedi 24 octobre 2009
Dix-neuf degrés et cinq minutes....

Londres
La Tate Modern
août 2009
Elle a
déboulé du jardin complètement échevelée, a perdu le contrôle de ses pattes
arrière en franchissant le seuil de la cuisine pour terminer élégamment sa
course au milieu du salon où je paressais au fond de mon vieux fauteuil en cuir.
- Khaaaasssss
! a-t-elle hoqueté au comble de l'émotion, je viens de regarder le thermomètre
et il indique dix neuf degrés et cinq minutes. On va se promener hein ?
- Lao
Tseu, on ne peut pas mélanger des degrés et des minutes. Il convient de dire
"le thermomètre indique dix-neuf degrés cinq"
- Mais cinq quoi ? secondes alors ?
- Non
plus, le temps et la température sont des choses différentes, on les mesure
donc de manière différente. Pour la température c'est une échelle qui…
- Comme
celle que tu utilises pour tailler la haie ? s'est-elle étonnée en se grattant
délicatement le derrière de l'oreille gauche
- Non,
non, c'est…
Un grand
moment de solitude m'a alors submergée. Elle s'était assise sur le pouf en face
de moi et me regardait sagement, attendant ma réponse qui ne venait pas. Au fur
et à mesure que j'attrapais les mots ils glissaient comme des couleuvres hors
de ma pensée.
- Tu
vois, une échelle permet plutôt de quantifier un phénomène de manière chiffrée
alors qu'une unité de mesure …euh….
Je
croisai son regard apitoyé. Elle s'était mise à se grignoter les ongles d'une
patte, mine de rien, comme si elle n'avait pas compris que je ne
savais pas, sauf que pour la température on utilise des degrés et pour le temps
des heures et tout ça.
- En fait
pour résumer, chaque phénomène physique ou pas se quantifie d'une certaine
manière et ce n'est pas interchangeable, ai-je déclaré d'un ton péremptoire qui
n'admettait aucune remarque.
- "Et
ce qui se conçoit bien s'énonce clairement" c'est ça aussi n'est-ce pas ?
J'ai
grogné une vague réponse et je me suis replongée dans l'horoscope d'un vieux numéro
de Marie-Claire tout en feignant d'ignorer l'ironie de sa dernière réflexion.
- Quand même,
a repris la Philosophe sans sourciller, le temps et la température c'est bien
pareil quoi que tu en dises !
- N'importe
quoi ai-je rétorqué sans même lever les yeux, c'est comme si je disais
"Lao Tseu pèse vingt-six cm et mesure cinq kilos" ou bien encore, "je
te donnerai à manger dans dix hectares et demi". J'ignore pourquoi mais ce
dernier exemple m'a remplie d'une joie mauvaise et j'ai daigné enfin la regarder
pour bien prendre la mesure de son effet. Mais elle restait impassible sur son
pouf, imperturbable à l'idée de devoir attendre dix hectares et demi pour être
nourrie.
- Tout ce
que je sais moi c'est que la température est idéale pour aller se promener et
qu'on a encore le temps avant la nuit.
Et puis elle est descendue de son pouf et est
allée chercher sa laisse qui pendouillait sur la rampe de l'escalier. Pendant
que je lui passais son harnais elle a juste précisé :
- Et si
on ne fait pas plus de quatre ou cinq degrés aller-retour on sera même revenues
à temps pour regarder les dessins animés sur Gulli….
mardi 23 juin 2009
Lao Tseu et le temps qui passe
Lao Tseu à l'assaut du temps
Lao Tseu
a posé sa tête entre ses pattes. Sa silhouette soyeuse se fond presque dans le
blond du sable. Elle fronce les sourcils en regardant les vagues lécher le
rivage.
-
Tu as l'air bien songeur ce soir dis-je en tressant la longue mèche qui lui
barre éternellement les yeux.
-
C'est à cause du temps tu vois répond-t-elle en soupirant.
Je scrute l'horizon qui évacue ses
derniers nuages : demain il fera beau cela ne fait aucun doute.
-
C'était juste un petit orage tout à l'heure, il a à peine plu, à nous les bords
du lac.
Elle
hausse imperceptiblement les épaules tandis qu'un deuxième soupir lui déchire
la poitrine.
-
Je ne te parle pas du temps qu'il fait, je te parle de celui qui passe !
Une
vague d'amour me submerge. J'ai envie de la prendre dans mes bras et de la
serrer bien fort contre moi, de lui faire un câlin monstrueux, de lui
manifester mon amour. "Mon Dieu, mon petit chien a des états d'âme, mon
petit chien souffre, mon petit chien pense trop !". Le cœur en miettes je
me contente de lui ôter délicatement les grains de sable qui se sont collés à
son museau et de lui rappeler qu'elle
n'a que cinq ans et qu'aujourd'hui les animaux vivent très vieux
-
Regarde Paco va fêter ses vingt ans, pour un chat de gouttière ce n'est pas
rien et toujours bon pied bon œil ! Je ne sais pas si tu te rends compte pour
un humain ça ferait dans les cent-vingt ans !
-
Et bien justement, c'est bien ce qui m'embête !
-
??
-
Mais voyons, réfléchis un peu, votre temps n'est pas le même que le nôtre !
cinq ans d'une vie de chien c'est quarante ans d'une vie d'humain ! Et bien
demande à tes copines qui ont dix ans de moins que toi si elles aimeraient dans
cinq ans en avoir vingt de plus !!!!!!!
mercredi 3 juin 2009
Lao Tseu sur la piste des Cathares

Ariège
Eglise de vals et Lao Tseu
31 mai 2009
mardi 19 mai 2009
Morituri te salutant
Où l'on découvre que la philosophe inspire même les auteurs qui ont pignon sur rue et qu'elle a trouvé le titre de son polar initiatico-théosophique !
L’autre soir, la petite chienne
Lao-Tseu et moi nous méditions sur l’impermanence de toute chose (la boîte à
moitié vide de chocolats de chez Criollo en témoignait bien). Le calme du soir descendait
sur la véranda de Khassiopée. On l’entendait remuer des casseroles dans sa
cuisine d’où s’échappaient de délicieux effluves.
Sa truffe frémissante posée sur
mes pieds, Lao-Tseu venait de me rappeler les Trois Joyaux du Grand Véhicule (que
j’avais préféré au Petit, autant rouler en Porsche) et je les répétais à
mi-voix pour les garder soigneusement dans mon coeur.
Soudain, la petite chienne a secoué sa frange et levé la tête vers moi en
soupirant :
- Magali, je peux te poser une
question ?
- Bien sûr !
- Quand j’aurai fini d’écrire mon
polar initiatico-théosophique..
J’ai ébouriffé sa tête
mordorée :
- Oui ?
- …qu’est-ce qui va se passer
ensuite ?
- Eh bien, tu l’enverras chez
plusieurs éditeurs.
- Et ensuite ?
- Tu feras comme Stephen King.
La petite queue touffue s’est
agitée :
- Je serai internationalement
connue ?
- Tu l’es déjà, Lao-Tseu, n’oublie
pas que le blog de Khass est lisible partout, d’Antarctique en Australie, dans le moindre cybercafé. Ce que
je veux dire, c’est que tu feras ce qu’a fait Stephen King à ses débuts :
tu achèteras un clou.
Lao a haussé une épaule :
- Khass a plein de clous, dans son
appentis, elle m’en prêtera un, je pense.
-J’en suis sûre aussi. Si tu ne
lui aboies pas dessus quand tu le lui demandes. Attends pour lui en parler qu’elle
ait calculé les moyennes générales, sinon elle va se perdre dans les retenues.
J’ai eu droit à un gentil petit
coup de langue :
- Je ferai attention.
- Tu lui demanderas de choisir un
clou assez long et de le planter au mur.
La petite chienne a roulé sur le
côté d’enthousiasme, puis s’est étalée sur le dos. Le message était clair et
j’y suis allée d’une bonne caresse sur le ventre. Elle s’est alors relevée d’un
bond et a fait le tour de la pelouse trois fois en frétillant d’enthousiasme.
- Attention, Lao-Tseu !
J’ai rattrapé au vol le prunier du Japon
bonzaï qui venait de valser.
Elle s’est plantée face à moi,
pantelante d’enthousiasme, les yeux étincelants :
- Le clou, ce sera pour accrocher
mes diplômes encadrés, hein ? Le Goncourt, le Médicis ? Le Renaudot ?
- Non, ces prix-là, c’est pour la
blanche, toi tu viserais plutôt le Grand prix du Polar ou la Plume de Cristal.
-Comme Patricia ? Oooooooooooh !
Je me suis raclée la gorge.
Comment ramener doucement Lao-Tseu à l’humilité patiente qui sied au débutant ?
-Je suppose que le clou pourra
aussi servir à tes prix. Mais dans un premier temps…
Elle a dressé deux oreilles
attentives et émis un aboiement sec :
-Yep ?
- Tu y accrocheras tes lettres de
refus.
Un grondement à glacer les sangs a
fait vibrer l’air alentour. Comme il n’y a pas de métro à Villeneuve-sur-Lot,
ni aérien ni souterrain, et que la voie ferrée locale a été transformée en
piste cyclable, j’ai regardé Lao-Tseu avec appréhension. Et oui, le grondement qui
me caillait les globules rouges sourdait bien de son pharynx…
Je me suis rattrapée comme j’ai
pu :
-Je dis bien, dans un premier
temps ! Mais un jour, tu recouvriras ces lettres de refus, avec la
dernière, celle qui compte, celle dans laquelle où il y aura un chouette contrat
chez un bon éditeur. Et là, Champagne !
Un jappement bref de déception m’a
interrompue :
- Champagne ? Pas
Tariquet ?
- Si tu préfères, oui, Tariquet.
- Avec beaucoup de foie gras pour
accompagner ?
- Evidemment !
Lao-Tseu a exécuté avec grâce une
gambade philosophique de haute volée. J’ai replacé sur le muret le pot
d’heuchéras rouges « Désespoir-du-peintre » qui s’était
dangereusement rapproché du bord.
- Et après ? Et après ?
Je ferai l’auteur ? Wouah !!!
- Voilà ! Tu seras invitée à
des salons, tu signeras, tu rencontreras tes lecteurs…
- Beaucoup de lecteurs ?
- Mais certainement !
Un silence est passé. Lao-Tseu
mâchonnait pensivement le bout de ma chaussure. Puis elle m’a chuchoté :
-Tu sais, je suis allée au Salon
du livre, l’an dernier, à Villeneuve.
Lao-Tseu a reniflé :
- Honnêtement… Qu’est-ce que ça
sentait le crottin à l’entrée !
- Eh, tu ne seras pas dans les
Haras, mais sous la grande tente blanche où signent les auteurs.
- Sous la tente, hein, pas dans la
yourte ?
- Dans la yourte aussi peut-être,
si tu participes à un débat.
Lao-Tseu s’est mise debout sur ses
pattes arrière, les yeux
étincelants :
- Un débat ? Je pourrais parler de quoi ?
-De ce que tu connais bien.
- Du Grand Véhicule ? Je ne
sais pas trop. Il y a eu tellement de critiques sur les voitures de droite,
dans les polars, je ne voudrais pas..
-Non, plutôt d’un sujet en rapport
avec la littérature.
-Comme ?
-Euh.. Y a-t-il une écriture canine, tu vois, des choses comme ça…
Lao-Tseu est restée songeuse un
moment.
- Pas facile comme question. Tu
comprends ça comment, toi ?
- Eh bien.. Il s’agit de se
demander si quand on lit un polar canin, on peut reconnaître…
- La
patte d’un shih tzu ? Je
vois…
Lao-Tseu est allée renifler à la
porte de la cuisine, pour surveiller l’avancée des préparatifs, a fait deux
tours en rond.
Et puis elle m’a regardée, avec
une moue crispée, un peu angoissée :
- Il y en avait une palanquée, l’autre année, d’auteurs qui signaient sous
cette tente. Pourquoi les gens viendraient me voir moi plutôt qu’une
autre ?
Je lui ai tapoté l’échine :
-Mais parce que tu es la
meilleure !
-Et ils le sauront comment, que je
suis la meilleure ?
- Ils le sauront parce que …Je ne sais pas, moi. Tes prix littéraires,
les articles dans les journaux. L’éditeur qui te publie…Sa notoriété …
Lao-Tseu a froncé les poils superciliens:
- Ta célébrité à toi aussi, bien
sûr. Regarde la chance que tu as…
- ??
- Tout le monde connaît déjà ton
nom, Lao-Tseu ! Même les Chinois ! Tu es sûre d’être traduite,
là-bas !
-Tiens, c’est vrai, je n’y avais
pas pensé.
Mais une ombre a assombri les
petits yeux perçants :
- Tu crois que le lecteur occidental
contemporain peut encore se passionner pour du Lao-Tseu ?
- Quand il verra qu’il s’est mis au polar ? Certainement !
Nous avons fêté cette découverte
d’une petite séance de massages ventraux circulaires et de gémissements de
satisfaction.
Et puis elle s’est remise sur
pattes, s’est ébrouée, a soupiré :
- C’est pas tout ça, il n’est pas
écrit, ce polar. Faut que je m’y remette. Et que je trouve un titre. Tu aurais
une idée ?
- Il faudrait que je le lise
d’abord, tu ne crois pas ?
-J’en ai une, moi, note bien…Mais
j’ai peur que ça fasse trop prétentieux.
- Oui ?
- Tu comprends, c’est un polar
historico-initiatico-théosophico-scientifique.
-Ah !
- L’action se passe à Rome sous
l’Empire. Une série de crimes décimant la famille impériale.
-Sous Néron ?
-Non, Tacite l’a déjà fait, on
connaîtrait déjà le serial killer. Ça se passe sous Marc-Aurèle.
- Un philosophe, lui aussi.
- Voilà ! On a des atomes
crochus, lui et moi. Les meurtres couvriraient une affaire de malversations
immobilières. Mon méchant est un esclave grec affranchi, du nom de Dédale. Un architecte
véreux, qui achète pour une bouchée de pain des terrains insalubres grâce aux
pressions exercées sur le Sénat par des proches de l’Empereur. Il y construit
des insulae…
- Des quoi ?
- Des immeubles bas de gamme, qui
s’écroulent, prennent feu, et tellement mal foutus que les ménagères n’arrivent
pas à en trouver la sortie, tournent en rond et meurent de faim dans les
couloirs…C’est très très très noir.
- Je comprends.
- Alors comme l’enquêtrice est une
petite chienne futée et pleine de flair (Lao-Tseu a alors ramené d’une patte
coquette sa mèche en arrière en frétillant des oreilles), je pensais l’intituler Cave Canem.
- Excellent !
Elle a minaudé :
- Tu trouves ?
- Sûre ! Si tu rates le
Canina, avec ça, c’est à désespérer !
dimanche 17 mai 2009
Le Salon du livre ou "comment Lao Tseu devint romancière"
De gauche à droite : Pierre Séguéla, Magali Duru, Patricia Parry
Salon du livre de Villeneuve-Sur-Lot
17 mai 2009
" Dis donc, pourrais-tu me rendre mon ordinateur ?" demandai-je à la Philosophe qui était en train de frapper frénétiquement sur les touches du clavier de mon portable. "Impossible, impossible, reprit-elle sans même relever le bout de son museau, tu vois bien que je m'en sers !". Je lui rappelai que le pc était tout de même mon outil de travail et qu'il fallait justement que je finisse de compléter les bulletins des 1ères Bac pro dont le conseil devait avoir lieu le mardi suivant.
- Mais Khass tu n'as qu'à les remplir au lycée, ce que je fais est autrement plus important rétorqua-t-elle en rejetant en arrière la longue mèche blond vénitien qui lui barrait les yeux, j'écris un roman !
- Un roman ? raillai-je.
- Je te ferais dire Madame la fée des référentiels de Bac pro, que tout au long du week-end j'ai pu entendre dans cette maison même où nous habitons, disserter Magali, Patricia et Solenn sur la création littéraire et entre une tranche de foie gras et un cannelé, j'ai eu comme une révélation !
Je me permis de lui faire remarquer que l'écriture d'un roman ne s'improvisait pas sur un coup de tête et que chacun de leur roman représentait des heures et des heures de travail.
- Tu parles dit-elle, j'y ai déjà pensé ! Je vais écrire un roman initiatique dont l'hé-roï-ne, et elle insista sur le mot "héroïne", sera une jeune et belle chienne sacrée du Tibet qui au terme d'une longue quête semée de terribles épreuves rencontre enfin sa voie grâce à l'écriture. Tu vois, ça sort des sentiers battus non ?
Ses cheveux volaient dans tous les sens et au fur et à mesure que son enthousiasme grandissait ses yeux brillaient comme deux pépites d'or noir. Je n'osai pas la contredire, elle était vraiment trop touchante.
- Je vais te lire le début, je crois que j'ai fait fort. Elle toussota pour s'éclaircir la voix et lut : "Longtemps je me suis levée de bonne heure….".
Je m'étranglais discrètement et lui fit remarquer qu'à un verbe près tout cela était limite du plagiat et qu'elle devrait peut-être pousser un peu plus la recherche….
- Mais Khass, on n'y verra que du feu et d'ailleurs plus personne ne lit Proust ! et puis ça sonne quand même mieux que : "longtemps je me suis couchée diabétique" ou "chez nous on a toujours été Citroën" ou pire, "longtemps je me suis couchée schizophrène"!
J'acquiesçai sans conviction. Lao Tseu allait au devant de cruelles désillusions, il était de mon devoir de la protéger.
- Cette histoire de roman initiatique… je ne le sens pas trop. Ce qui plaît de nos jours c'est le polar, les trucs bien noirs avec des corps découpés en morceaux.
Elle resta un long moment songeuse. Plus un seul de ses poils ne bougeait. On entendait le chat ronfler et les mouches voler.
- Mais bon sang ! mais c'est bien sûr s'écria-t-elle si fort que la chat manqua en choir de son coussin, je vais écrire un polar, pas un thriller que les choses soient claires, un polar dont la détective est une jeune shih-tzu tricolore au charme marmoréen. Elle est la philosophe de compagnie d'Antoine Le Tellier et l'aide à résoudre toutes ses enquêtes.
Je l'assurai avec la plus parfaite hypocrisie que c'était une idée absolument géniale. Une grâce extatique embua son regard.
- Et tu ne sais pas ? L'année prochaine je fais partie "des filles du noir" et je signe avec elles au salon du livre de Villeneuve-Sur-Lot !
lundi 20 avril 2009
Jalousies

Kenya
Masaï Mara, Lionceaux
août 2008
Je te dis que je ne mangerai pas de ta tarte aux fraises. Pourquoi a-t-il deux doudous et moi qu'un seul ? Ton cuir et tes Converses c'est classe ! Pourquoi les chiens ne sont-ils pas admis au parc de jeux ? Je te dis que je ne mangerai pas mes croquettes alors que lui a eu tout le blanc du poulet. Barak Obama c'est le chef de l'Amérique. Tu es certaine que ce chien est de la même race que moi ? Non je ne ferai pas la sieste ! Non je ne suis pas asociale ! Oui je veux bien sa part de tarte aux fraises. Tu m'achètes aussi un tee shirt blanc hein ? Pourquoi n'ai-je ni couverture Winnie, ni couverture Spiderman ? Pourquoi a-t-il le droit de jouer avec ma balle ? Pourquoi le chat il est vieux ? Et pourquoi Papy Jean-Claude il est vieux aussi ? Et toi, t'es vieille aussi hein mamie ? Franchement, qu'est-ce qu'il a de plus que moi ?!
vendredi 17 avril 2009
Comment Lao Tseu fut perdue puis retrouvée

Landes
Lac d'Hossegor
avril 2009
Aujourd'hui j'ai perdu puis
retrouvé Lao Tseu. Je marchais déjà depuis une bonne trentaine de minutes sur
les berges du Lac quand je me suis aperçue qu'elle n'était plus derrière moi. Je
vérifie rarement parce que Lao Tseu ne s'éloigne jamais, elle trottine nez au
vent juste sur mes talons. À cet
endroit, il y a un quai cimenté et ce que Lao Tseu adore, c'est faire de
l'équilibre en aplomb de l'eau et des parcs à huîtres. Tous les gamins font la
même chose à cet endroit et personne ne les en empêche vraiment parce que il
n'y a pas grand danger et cet après-midi
encore moins puisque la marée était basse.
Je
m'assurai qu'elle n'était pas tombée. Je rebroussai chemin, la cherchai dans un
taillis, derrière un arbre : de Lao Tseu point. Mon cœur se serra. Les
promeneurs allaient et venaient indifférents à mes angoisses. Je les
interrogeai, en vain.
Je vis
passer un dogue français, un king charles, un caniche abricot, un york et
d'autres encore. Un terrier me dit qu'il l'avait aperçue un peu plus haut en
train de discuter avec un monsieur vêtu d'un blouson rouge. Mon sang ne fit
qu'un tour, on avait kidnappé Lao Tseu dont la profonde sagesse n'a d'égale que
la grande naïveté. J'envisageai d'alerter Interpol, le GIGN et la garde
républicaine (ne me demandez pas pourquoi, dans les instants de panique on a
souvent des idées saugrenues) quand je vis s'avancer assez loin en face de moi
un monsieur d'une cinquantaine d'années, vêtu d'un blouson rouge et portant
dans ses bras la philosophe égarée. Je me précipitai.
- Elle
prétend que vous marchiez trop vite, affirma l'homme avec un large sourire tout
en me tendant la disparue qui n'eut pas un regard pour moi. C'est un animal
surprenant que vous avez là, ajouta-t-il, elle a une imagination débordante :
elle prétendait que vous étiez une fée et que vous voliez très vite grâce à vos
grandes ailes roses. Je n'ai pas voulu la détromper, mais enfin, soit dit en
passant, tout le monde sait bien que les fées, ça n'existe pas !
mercredi 11 février 2009
Dieu ne fait pas crédit
C'est Lao Tseu qui a insisté pour qu'on
entre dans l'église. J'ai eu beau lui répéter que l'intérieur ne serait pas
plus intéressant que l'extérieur et qu'on ferait mieux de continuer de se
promener tant qu'il ne pleuvait pas elle
n'a rien voulu entendre :
-
J'ai envie d'allumer une bougie, a-t-elle rétorqué butée, parce que dans un
endroit aussi reculé du monde Dieu ne doit pas passer souvent.
Elle
s'est déjà glissée par la porte entrouverte. Ses griffes crissent légèrement
sur les dalles de la nef, sans intérêt comme je l'avais supposé. Pas d'odeur de
cierge, de cire ni d'encens ici. Lao Tseu a raison Dieu n'a pas dû honorer les
lieux de sa présence depuis longtemps… Le soleil ose une apparition à travers
les vitraux dessinant des tags irrévérencieux sur les bancs et le sol. Le
résultat est un brin incongru mais plutôt joli, très joli même. Lao Tseu vient
me rejoindre l'air un peu désappointé. Je m'enquiers de ce soudain abattement.
-
Ne m'en parle pas, répond-t-elle, il y a un bac rempli de bougies et il n'y en
a pas une seule qui brûle. Donne-moi vite des sous, il faut absolument remédier
à cela et que la lumière soit !
Je
dois lui avouer un peu confuse que je n'ai pas un centime d'euro sur moi car
mon sac est resté dans la voiture et nous sommes garées un peu loin. Elle me
presse de chercher un peu mieux dans le fond de mes poches, dans le sac photo,
au diable que sais-je, chuchote-t-elle en fulminant.
Considérant
que c'est l'intention qui compte, je lui suggère alors d'allumer une des
petites bougies et que nous reviendrons un autre jour nous acquitter de notre
dette divine. Elle me regarde horrifiée et sort de l'église sans même plus se retourner.
-
Mais enfin, dis-je une fois dans la rue, puisque je t'assure que nous serions
revenues.
Elle
hausse les épaules et je vous assure qu'un chien sacré du Tibet qui hausse les
épaules ce n'est pas rien.
-
Mais enfin ma pauvre Khass, ça tombe sous le sens, tout le monde sait ça : Dieu
est fauché, Dieu ne fait pas crédit !
samedi 24 janvier 2009
Et dans la tempête et le bruit....

Lao Tseu dans le vent
Seignosse, les Boudaines
mars 2006
Moi, ce
que je n'aime pas c'est le vent. Khass vous dirait qu'il y a plein d'autres
choses que je n'aime pas : l'orage, les gros chiens obsédés sexuels, les motos,
les mobylettes en échappement libre, les camions dans la rue, les cris, les
feux d'artifice, les pétards, les coups de fusil (comme si on ne pouvait pas
chasser à l'arme blanche hein ?) bref, tout ce qui fait du bruit. Ceci dit, je
pourrais vous dresser une liste de tout ce que j'aime et vous verriez qu'elle
est bien plus longue que la précédente mais ne nous égarons pas et revenons à
ce qui nous intéresse : le vent. Et bien, il souffla fort aujourd'hui et avec
moult force et moult fracas tant que j'en fus moult effrayée. A cinq heures
vingt ce matin, je rejoignis Mrs K sous les couvertures, la suppliant de me
pardonner tous mes péchés, avouant toutes mes fautes même les plus viles,
"oui ce pipi dans le salon l'été dernier c'était moi et pas le chat".
Au lieu de me donner l'absolution et de me serrer encore un peu plus contre
elle. Elle se leva m'abandonnant seule dans le fracas de la tempête et de
l'obscurité (je sais, l'obscurité ne fait pas de fracas mais c'est une image
poétique pour vous permettre d'imaginer la force des éléments en furie). J'eus
beau lui rappeler qu'elle était sans doute encore faible et à peine remise de
son malaise qui pas plus tard qu'hier l'avait aux aurores jetée tête la
première dans mon bol de croquettes, elle inspecta la maison dans tous ses
recoins et considérant qu'il n'y avait pas d'urgence, elle mit ses boules quies
et se recoucha illico.
A huit
heures trente elle daigna ouvrir un œil et consentit à ôter une des boules
quies de son conduit auditif pour entendre ce que je lui disais :
- Khass
! fais quelque chose ! c'est la fin du monde ! je crois que le gros cyprès des
voisins vient de se casser la figure !
Vous
n'allez pas le croire mais alors même que la tempête mugissant de colère
tentait de rentrer dans notre maison, elle commença à préparer le plateau de
son petit-déjeuner et m'invita même à aller faire un "petit-tour-dehors-parce-que-ma-petite-chérie-tu-peux-pas-rester-sans-faire-pipi-hein?".
Force fut d'admettre que Mrs K était Fée-lée. J'allai me réfugier sous les
coussins du divan et y restai planquée jusqu'aux première sheures de l'après-midi,
moment où les intempéries perdirent un peu de leur vigueur et où je repris un
peu courage.
Vers
seize heures je consentis à faire le tour du jardin dont toutes les feuilles
mortes étaient à présent sur notre terrasse,un bonsaï était à terre ainsi que
le citronnier. On aurait dit que des enfants étaient venus jouer par là. Les branches
ne bougeaient plus, le soleil pointait même un rayon à travers les nuées. Mais
surtout, un silence profond s'était installé, terrassant la tempête et le bruit
et la clarté enfin reparut grandie.[1]
[1] Librement inspiré par Victor Hugo
dimanche 4 janvier 2009
Où il est question de la Manche, d'une lionne et d'amour
Aujourd'hui, il fait gris et froid. Mrs K dit que c'est
normal, que c'est l'hiver. Elle dit ça mais elle frissonne en relevant
le col de sa veste en mouton retourné. On est le 1er de l'An et on est
allé revoir la mer. Mille huit cents kilomètres pour se balader le long
d'une plage de galets où clapotent mollement les vagues, je vous jure
qu'elle a de ces idées ! Elle dit aussi que c'est bien de passer ces
moments là avec ceux qu'on aime.
Elle a allongé le
pas et on a rattrapé le chemin qui surplombe les falaises de Sainte
Adresse. Aujourd'hui c'est le 1er de l'An et la Manche s'est perdue
dans le ciel à moins que ce ne soit le contraire. C'est dommage, hier
il faisait beau et demain aussi il fera beau. Mais demain, il faudra
partir malgré le matin, glacial et lumineux, malgré le spectacle étonnamment beau du port émergeant de la brume, malgré la chaleur de
leur souffle quand ils se diront au-revoir.
Il fait
encore plus froid et moche. Le sentier s'arrête dans les broussailles
alors on fait demi-tour et on rentre.
Tante G vient
aux nouvelles, elle m'appelle "ma petite chérie" et Mrs K aussi elle
l'appelle comme ça et j'aime bien . Quelqu'un a mis la bouilloire à
chauffer et les dernières lueurs du jour viennent de se casser la
figure derrière les arbres au fond du jardin.
Dans
le salon il y a la photo de la lionne que M Jones a offert à Mrs K pour
Noël. Elle a raison Mrs K, même les lionnes ne laissent pas tomber ceux
qu'elles aiment.












