Les contes de la Luciole

Blog à plume et à photo, au gré de mon humeur

dimanche 29 novembre 2009

Qu'est-ce que tu veux à Noël ?

Villeneuve_Sur_Lot_NDP1_01_2006

Villeneuve-Sur-Lot
Notre Dame du Bout du Pont sous la neige
janvier 2006





- Qu'est-ce tu veux à Noël?

Il lui avait demandé ça en remplissant à ras-bord de Chocapic son vieux bol bleu ébréché. Elle protesta silencieusement, il n'allait plus y en avoir pour le goûter du petit. "Il en reste un peu, ne râle pas" dit-il en rajoutant le lait froid sur les céréales. Elle en conclut qu'il avait du entendre malgré tout, ou alors pire, qu'il savait lire désormais dans ses pensées. Elle se rassura du mieux qu'elle put, si tel avait été le cas, il aurait su ce qu'elle voulait à Noël.

- Alors ? marmonna-t-il en mastiquant bruyamment le contenu de l'énorme cuillérée à soupe qu'il venait d'engloutir

- Je …. Balbutia-t-elle mal à l'aise alors qu'une déferlante de cadeaux aussi divers qu'inutiles submergeait son esprit. Je…..

Elle ressentit une impression inexplicable d'irritation mêlée de tendresse. Elle aurait voulu s'écrier "Surtout pas un truc comme l'an passé! Il y a des parents qui déshéritent leurs enfants pour moins que ça !". Mais, les mots se terrèrent bêtement dans sa gorge faisant obstacle à toute autre tentative de formulation concrète.

- Bah ! c'est pas la peine de te ruiner, une bricole… tu trouveras bien…. finit-elle par lui répondre piteusement avec la plus parfaite lâcheté qui soit.

Dans une autre vie, elle aurait sans doute demandé avec toute la grandeur d'âme dont elle pouvait faire preuve, "la Paix sur le monde", "la Tolérance", "la fin de la misère, des inégalités", "un monde plus juste ou le plus fort ne soumet pas le plus faible" et bien d'autres choses encore dans le genre. Entre temps bien des événements lui avaient fait prendre conscience qu'il n'y avait pas grand-chose à attendre de ce côté-là, ni de Dieu, ni du Père-Noël et encore moins du genre humain.

- Je voudrais changer tout mon matériel photo. Elle ponctua sa phrase d'un sourire rayonnant de pixels haut de gamme.

Le jeune-homme reposa la cuillère qu'il allait porter à sa bouche, déglutit péniblement sa salive. Une lueur d'incrédulité brillait dans ses yeux bleus.

- Mais m'man, il y en a au moins pour trois mille euros…

- Et alors? je sais… tu viens de me demander ce que je voulais à Noël, tant pis si ce n'est pas réaliste. Et puis sinon tu vois, je suis ta mère depuis bientôt vingt-quatre ans alors tu dois quand même avoir une idée de ce qui peut me faire plaisir ou pas et si tu n'es pas capable de te creuser un peu le neurone pour me dénicher tout seul la-petite-surprise-géniale-pas-chère-du-tout-mais-qui-va-me-faire-plaisir-à-tous-les-coups, alors je vais te dire une chose, je ne veux rien !

Il chipotait maintenant dans son bol où le lait avait pris une teinte chocolatée.

- Tu ne finis pas tes Chocapic ? demanda-t-elle.

- Si, si et puis après j'irai en racheter un paquet pour le petit, ce serait bête que tu retournes à Auchan rien que pour des céréales…


samedi 19 septembre 2009

"C'est pour ton bien"

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Lot et Garonne
Champ de tournesols
27 juillet 2009


" C'est pour ton bien" disait maman. Papa le disait aussi mais il n'était pas souvent là alors ça ne compte pas vraiment. Tout était toujours pour mon bien sauf qu'à la fin j'en avais mal de tous ces "c'est pour ton bien".

 Je sais bien pourtant que j'aurais dû me sentir comblée de tant de sollicitude, de tant d'attentions.  

- Mets ton manteau !

 - mais m'man…

 - Mets ton manteau, tu vas prendre froid, c'est pour ton bien !

 A bien y réfléchir, je n'ai pas le souvenir qu'elle m'ait un jour dit "c'est pour ton mal". Il faut admettre que ça ne sonne pas si bien et puis c'est logique, on ne dit pas aux gens qu'on leur veut du mal. En principe du moins, bien sûr.

 La première fois que j'ai dit "c'est pour ton bien" ce devait être à un enfant, un des miens peut-être. Comme il y a longtemps je ne m'en souviens pas bien. Par contre la dernière fois je me rappelle, c'était hier :

 - Allez maman, je t'en prie encore un peu, un tout petit peu…

 Elle faisait non de la tête et repoussait ma main du bout de ses doigts trop maigres.

 J'ai essuyé les gouttes sur son menton, doucement, comme on fait pour un petit enfant.

 - Allez maman, il faut que tu manges un peu, c'est pour ton bien."


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vendredi 31 juillet 2009

Les mots tournesols

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Crédit photo :
mcdh

Il était déjà très tard mais par ma fenêtre entrouverte me parvenaient les cris d'enfants jouant un peu plus haut dans la rue. L'obscurité redessinait l'écho de leurs voix qui sonnaient pures dans le silence. La chienne s'était endormie dans ma robe de chambre. Elle gémit doucement dans son sommeil et sa patte arrière balaya le vide comme pour chasser un quelconque esprit malfaisant. Je posai ma main sur son flanc pour la rassurer et le téléphone sonna.

- Il est tard, dit de l'autre côté la voix un peu contrite. Ce n'était pas vraiment une question, ni même un constat, plutôt quelque chose comme une excuse un peu vague teintée de regret.

- Je ne dormais pas encore fis-je. Tu vas ?

- Je vais, je va et toi tu vas ?

Je lui expliquai que j'allais, que je faisais pleuvoir le soleil, un nouveau tour avant de m'envoler vers la Perfide Albion histoire de contrer des cieux chagrins toujours prompts à fondre en eaux. "Je suis presque au point, je sais transformer les tournesols en lumière. C'est du plus bel effet, je te jure !"

Il rit un peu. En réalité je ne lui parlai pas de la perfide Albion, juste du soleil et des tournesols. Je ne voulais pas qu'il croie n'importe quoi, qu'il ait du chagrin ou même rien qu'un peu de peine.

- Je vois la lune et les étoiles, un petit bout de lune et des myriades d'étoiles. Sa voix était un peu tendue parce qu'il était ému. Il fit une pause qui me parut une éternité. Puis, il me parla de renard et d'apprivoisement et de ce qu'il avait appris des lions de la savane.

Je ne pouvais pas d'ici lui toucher le flanc pour le rassurer alors j'essayai le tour des mots-tournesols qui mettent du soleil au fond des yeux. C'est un tour difficile vous savez et il ne vaut mieux pas le rater.

Quand j'en eus fini avec les mots-tournesols il y eut de nouveau le cri des enfants toujours un peu plus haut dans la rue puis le bruit qu'il fait lui quand il souffle la première bouffée d'une cigarette.

- Je vais, je va dit-il et je sus à sa voix-léopard qu'il disait vrai.

 

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samedi 7 mars 2009

Abuelo

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Espagne
Saragosse, vieux quartiers
mars 2007



- "No te vayas abuelo, no te vayas…"

La voix lui parvient vaguement amortie, presque ailleurs. A cette heure, il n'y a personne dans les rues étroites de la ville. Vieux quartiers, briquette rose, odeurs de friture et de nourriture mêlées. Là-bas, les maisons semblent disparaître dans un brouillard de lumière. Il marche tranquillement vers le halo blanc qui absorbe les murs.

- "No te vayas abuelo, no te vayas…"

 La voix est plus pressante, entêtante. Il ne voit rien cependant, que le silence de ces pas qui montent vers lui. Du plus loin de ses souvenirs, il ne se rappelle pas cette ville ou alors à peine, comme dans un rêve. Il lui semble aussi qu'il marche moins vite. Ses semelles heurtent en silence les pavés anciens comme s'il foulait une ouate compacte. Là-bas, déchirant la lumière qui pleut, il distingue trois silhouettes sombres.

- "No te vayas abuelo, no te vayas…"

Cette voix, oui cette voix, est celle d'un très jeune-homme ou percent encore les aigues de l'enfance. Elle est très proche et son rythme se précipite à ses oreilles dans un bruissement essoufflé. Il voudrait lui répondre, lui dire de ne pas s'inquiéter mais plus un son ne franchit ses lèvres pâles. Là-bas, il les a reconnues ces figures ancestrales. Il attend, il n'ira pas plus loin. Plus rien ne presse.

 

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samedi 14 février 2009

La squatteuse de la Providence

         

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Haute-Garonne

Toulouse, Canal Latéral

novembre 2006



 La petite silhouette trottine sur les berges du Canal du Midi. Le gros cabas délavé est trop lourd pour elle mais, il fait doux, elle n'y pense pas trop. Renée est vraiment très petite, elle n'est plus très jeune non plus.

Un automobiliste la regarde passer et se dit qu'elle aurait dû prendre le bus, ou le métro peut-être. Il ne sait pas que pour elle, c'est déjà un luxe de trop. Il disparaît dans le flot de circulation ininterrompue. Renée ne l'a même pas aperçu.

 Renée a hâte d'arriver chez elle et de poser ses paquets. Peu de choses en somme, de quoi manger pendant quelques jours, un pull bien chaud et de bonnes bottines doublées. La bénévole de l'association les avait mis de côté exprès pour elle : "C'était pile votre taille et encore impeccable".

 Renée ne se plaint pas, d'ailleurs elle ne se plaint jamais : tout ne va-t-il pas au mieux depuis qu'elle a trouvé "La Providence" où elle s'est installée l'hiver dernier?

 Oui, elle a hâte de retrouver le clapotis de l'eau sur la coque rouillée, de s'asseoir dans la petite cabine où dansent des rideaux de dentelle.

La semaine dernière, près du cimetière, un marchand lui a laissé son dernier chrysanthème. Il est jaune vif et il allume de son éclat l'onde glauque où il se réfléchit. Oui, vraiment, il y a bien longtemps qu'elle ne s'est pas sentie aussi heureuse.

Sur sa hanche, elle sent battre au rythme de ses pas, le poids de la clé qui ouvre la porte de son bonheur.

 

 L'homme maugrée. Il est gros et gras et sa botte vient d'enfoncer le panneau vermoulu qui n'a pas résisté. Il maugrée et le torrent de cailloux lapidaires qui roule dans son accent n'augure rien de bon. Il a pris le batelier d'à côté à parti. Celui-ci tape en touche : il ne pouvait pas savoir ; elle lui avait assuré qu'on lui avait demandé d'entretenir la péniche. Ce n'est qu'une pauvre vieille après tout.

Le gros ne décolère pas, il n'admet pas qu'on puisse être rentré chez lui sans y être invité. L'autre ne l'écoute plus. Là-bas il vient d'apercevoir la silhouette menue de Renée. Il comprend qu'elle a compris.

 

Renée sait que ce soir elle pourra dormir au foyer d'accueil mais après ? Elle ne veut pas aller dans cet hospice de vieux où l'on met tous les sdf de son âge.

Renée ravale ses sanglots. Le cabas délavé pèse des tonnes dans son cœur et dans sa poche, bat une clé qui n'ouvre plus rien. (novembre 2006)



Cela pourrait être la suite


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jeudi 11 décembre 2008

Le 7ème jour de l'Avent ou le jour où Khassiopée arrêta le temps

Dordogne_Nabirat_6_12_2008

Etang bleu du 7ème jour de l'Avent
décembre 2008

 

Quand le soleil se leva sur le 7ème jour de l'Avent, le ciel s'inonda de bleu et la lumière se poudra d'or. La température de l'air s'éleva lentement, juste assez pour qu'il ne fît ni trop chaud ni trop froid et que n'en fût perturbé le fragile équilibre entre l'air, la terre, l'eau et le feu.

Elle contempla le résultat et se sentit satisfaite. Elle décida alors qu'il n'en serait plus jamais autrement et elle arrêta le temps.

 

-"Ah ! Khassiopée qu'as-tu fait fée-lonne, s'écria l'amoureux qui passait par là. Ma belle m'attend bientôt mais hélas demain jamais ne viendra puisque du temps tu as, le cours arrêté!

Le malheureux fondit en pleurs et se perdit en lamentations sans fin. La fée, loin de s'émouvoir de ces bruyants transports, se mirait impassible dans l'eau d'un étang bleu. Elle réfléchit un peu et lança à l'amoureux transi :

- Cherche t-en quelqu'une autre aujourd'hui, je te parie qu'elle vaudra bien celle de demain. Pour l'heure cesse donc ces pleurs inutiles, tu me fatigues et laisse-moi en tête à tête avec moi-même, j'ai encore des choses à me dire."

       L'amoureux s'éloigna en trébuchant sur les cailloux du chemin puis il disparut au détour d'un bois. La fée replaça une mèche de ses cheveux en souriant à son image dans l'eau bleue de l'étang. Elle se disait qu'il ne pleuvrait plus puisque demain serait encore aujourd'hui.

 

      - " Ah ! Khassiopée qu'as-tu fait fée-dayins, terroriste des âmes en peine, s'écria le désespéré. Demain aurait pu être un jour meilleur mais jamais je ne le saurai puisque à vivre toujours aujourd'hui tu m'as injustement condamné !

      Le désespéré avisa alors le tronc d'un chêne qui traînait par là et se mit à s'y cogner le crâne comme un forcené. Le visage de la fée s'empreignit d'un profond ennui à la vue de l'affligeant spectacle d'autant que le passé-simple du verbe empreindre était fort laid.

      - Eh donc ! si au lieu de mettre à mal cet arbre centenaire tu profitais d'aujourd'hui pour mettre fin à tes jours. Si ce n'est le jour idéal, je ne m'y connais pas. Pour l'heure cesse donc ce vacarme et laisse-moi au bonheur de me complaire d'être bien.

      Le désespéré s'éloigna en courant sur les cailloux du chemin puis il disparut lui aussi au détour du bois. La fée caressa le miroir de l'eau et le bout de ses doigts fit naître une infinité de ronds concentriques qui vinrent se rompre doucement sur la berge. Elle se disait mieux vaut aujourd'hui quand on est sûr de rien et pas même du temps qu'il fera demain.

 

 - Ah ! Khassiopée qu'as-tu fait fée-rôsse, s'écria avec l'accent du Sud-ouest le renard, l'ami fidèle qui l'aimait tant. Jamais ne reviendra l'heure du prochain rendez-vous puisque du temps tu as le cours arrêté. Tu peux mirer ton éternel bonheur dans les eaux bleues de l'étang à jamais figé, il ne survivra pas à son éternité.

      Contrairement aux deux autres, le renard ne se lamenta ni ne pleura, pas plus qu'il ne se fracassa le crâne sur le tronc du vieux chêne centenaire. La fée toujours impassible ne disait rien mais sur son visage passa l'onde très lisse des souvenirs anciens.

      - Dis-moi renard, je ne sais ce que tu faisais hier, ni avant-hier ni encore avant avant-hier mais moi, j'attendais demain et cela m'a bien fatiguée et aujourd'hui, je voudrais bien me reposer.

 Dans le ciel, le soleil se mit à protester, il était tard, il avait envie de se coucher. La Lune faisait grise mine car elle ne pouvait pas vraiment se lever quant aux étoiles quelle horreur, plus personne ne les verrait briller. "- Et s'il ne pleut jamais plus s'offusqua le brin d'herbe et bien je mourrai et c'est bien triste".

      - C'est vrai que c'est triste pensa la fée, le renard a raison : aujourd'hui aura sans doute encore plus de sens demain, même s'il pleut et elle décida de reprendre le chemin de demain.

       Vint le huitième jour de l'Avent, puis le neuvième, puis tous les autres ainsi que le renard et la fée-licitée.

 

 

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dimanche 12 octobre 2008

Les mauvaises pensées

 

Kenya_juillet_2008

Kenya
Masaï Mara
juillet 2008



Parfois, j'ai de mauvaises pensées. C'est tellement bon d'avoir de mauvaises pensées. Tenez par exemple mon ancienne propriétaire trouve toutes les excuses possibles et inimaginables pour ne pas me rendre ma caution. Pourtant, j'ai toujours payé mon loyer rubis sur l'ongle et même en avance certains mois.

 "- Et l'usure des moquettes ma petite Madame Lacouture, vous y avez pensé à l'usure des moquettes hein ?

 - Peut-être qu'au bout de neuf ans, c'est un peu normal non qu'elles soient un peu usées les moquettes ? me suis-je risquée à avancer. Sans compter que ses moquettes entre nous, ce n'étaient pas des tapis persans non plus, mais là je me suis juste contentée de le penser.

- Et puis, les haies ont été mal entretenues, il faut les faire tailler, et ça coûte cher ma p'tite dame un jardinier à l'heure".

  Ça, c'était la parole de trop. L'envie m'est montée subitement, et s'est imposée comme une évidence. Je me suis imaginée aspergeant méticuleusement les troènes avec un brouet de round-up juste avant de lui remettre les clés, ni vue ni connue, pas vue pas prise !

 Il paraît que c'est sain d'avoir de mauvaises pensées, alors c'est sûr, je dois être rudement saine à l'intérieur nonobstant les pensées mauvaises… Autant vous dire que je n'ai pas acheté de round-up, je n'ai pas récupéré ma caution non plus mais je me sentais apaisée, vengée comme qui dirait.

 "J'ai comme envie d'n'importe quoi, comme envie de crever ton chat, comme envie d'tout casser chez toi…". La chanson de Manu Chao s'est mise à me trotter dans la tête. Ce sont vraiment de très mauvaises pensées, ai-je pensé…

  Il parait que cette semaine le round-up et la mort-aux-rats sont en promotion à Terre du Sud et il faudrait que je change la chaîne de la tronçonneuse aussi ai-je encore pensé….


Je remercie l'auteur de ces très mauvaises pensées dont je me suis librement inspirée !


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mardi 9 septembre 2008

Des hirondelles et des colchiques

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Lot et Garonne
Canal Latéral, Agen
septembre 2006


Tout d'abord il y a eu les colchiques sur la pelouse du jardin public de la mairie. Je les ai vues sans les voir, elles y sont tous les ans, l'événement n'avait donc rien d'exceptionnel en soi. Je n'ai pas fait le rapprochement ou je n'ai pas voulu le faire. Ensuite il y a eu les hirondelles perchées sur le fil du téléphone comme des notes de musique sur une portée. Do, ré, mi, fa dièse, la ? oui, la, si … silence ou pause. De point d'orgue point par contre. Je me suis arrêtée pour les observer. L'hirondelle est un oiseau délicat et fuselé, ravissant, rare, trop rare. Elles lissaient leurs plumes avec soin, faisaient bouffer celles de leur jabot sans un regard pour la pauvre créature que je suis. Certaines voletaient ça et là puis sans crier gare se mettaient à monter à toute vitesse très haut dans le ciel. L'averse qui s'est abattue à ce moment-là n'a pas paru les surprendre plus que ça. Un vent tiédasse et mauvais s'est levé et les hirondelles se sont mises à tanguer sur leur fil sans qu'aucune ne semble s'en émouvoir. "L'hirondelle ne fait pas le printemps" a crié une voix dans la voiture qui s'impatientait derrière moi. J'avais reconnu Mathieu, un élève de la nouvelle promo de bac pro. Il revenait avec des copains de faire "les courses" pour la semaine à l'internat. Je lui ai fait signe de passer, il m'a doublé en klaxonnant et j'ai vu leurs mains qui s'agitaient derrière les vitres pour me dire bonjour. Je suis restée seule encore un moment avec les hirondelles, j'ai repensé à Alexandre, aux colchiques du jardin public et j'ai compris que l'automne serait là bientôt.

 

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lundi 12 mai 2008

Un tee-shirt "Zara"

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Espagne
San Sebastian
juillet 2007

 

La couleur du ciel est bien plus clémente que la météo voulait bien le prétendre. Vous avez du temps, beaucoup de temps. Il s'étire en un pont immense entre deux rives : aujourd'hui n'est plus tout à fait hier et pas encore exactement demain. Vous avez décidé de jardiner pour le passer, le temps, et parce qu'il y a dans le jardinage comme une manifestation de tendresse, comme une douceur qui vous rend paisible.

Vous avez tondu l'herbe déjà un peu haute mais épargné les pâquerettes, ce qui prend juste un peu plus de temps. Vous avez rempoté le petit pot d'oeillets et ce bégonia un peu moche que l'on vous avait offert. Vous vous êtes assise et vous avez contemplé le petit jardin, satisfaite du résultat et des oiseaux qui piaillent dans les branches et puis vous êtes rentrée dans la maison pour vous laver et vous changer.

Il fait déjà trop chaud pour remettre ce petit haut rose aux manches évasées, pas encore assez pour le débardeur "One Step". Votre main se tend et s'empare machinalement du polo rayé sans manches de chez Zara. Sa maille est douce à la peau et souligne joliment votre poitrine menue. Vous tendez l'étoffe pour effacer les faux-plis de l'hiver et vous l'ajustez sur les hanches. Voilà, comme ça, c'est parfait. Vous le portez sur un jean's moulant qui vous fait des jambes longues, très longues de sauterelle. Vous vous sentez jolie et pour être sûre vous jetez un œil dans le miroir. Ce n'est pas votre image qui vous fait vaciller, il n'y a rien à dire vous êtes canon. C'est juste que le temps a passé et que ce n'est plus hier. On s'habille de rien quand les jours sont doux mais pas des souvenirs qui vous iraient encore. Je me dis qu'il faudrait plus souvent vider ses armoires et jeter à l'oubli les lambeaux du temps.

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vendredi 22 février 2008

Du tour du Lac d'Hossegor


Hossegor_le_lac_fevrier_2008

Landes
Lac d'Hossegor
février 2008

Le tour du lac d'Hossegor est un rituel comme la confiture d'abricots. Cette dernière demeure toutefois un rituel saisonnier, tributaire de l'ensoleillement et du prix au kilo sur le marché de Capbreton. La marche à pied n'est tributaire de rien, pas même de la météo, juste de mon courage. Ce matin j'en avais à revendre, du courage bien sûr et puis le ciel était bleu et la brise marine, comme il se doit.

Pour accomplir le rituel dans les règles, il faut observer un certain protocole car le tour du lac d'Hossegor ne se fait pas à "la va-vite" ou pire, à "la-va-comme-j'te-pousse".

Tout d'abord, il faut choisir le moment idéal : le matin à marée basse me semble le plus indiqué. Le matin parce que c'est le moment où vous avez le plus de chance de faire des rencontres intéressantes ; à marée basse parce que c'est plus joli, qu'il y a des pêcheurs de coquillages, des enfants qui pataugent dans la vase, des aigrettes qui se prennent pour des anges et des gens qui ne font rien, juste regarder l'eau abandonner doucement les rives.

Deux grandes écoles s'affrontent concernant le sens dans lequel il convient de réaliser le tour : celle du "dans le sens des aiguilles d'une montre" et celle du "dans le sens inverse des aiguilles d'une montre". Aucune n'est meilleure que l'autre, même si pour ma part je suis une adepte de la seconde.

Au terme de quelques centaines de mètres l'œil s'habitue à la lumière aveuglante et les sens commencent à percevoir la réalité ambiante : une étendue liquide et sombre où se mirent des barques, le ciel et ses nuages et de coquettes maisons. Ensuite, le nez apprivoise les senteurs de marée, même pas des relents, juste une odeur un peu tenace comme un souvenir d'enfant. Il n'y a pas de bruit sauf de temps en temps au loin la rumeur de la route et dans le ciel le criaillement des oiseaux qui s'égaillent.

Le promeneur du tour du lac est un être silencieux, son chien, quand il en a un, aussi. Le promeneur du tour du Lac est essentiellement friqué et retraité, une femme seule et son chien de race et de petite taille. Mais la liste n'est pas exhaustive on peut y croiser l'adepte forcené du jogging matinal, il peut être jeune, beau et athlétique mais il est essentiellement plus si jeune, pas si beau et un brin bedonnant. Son pendant féminin peut être elle aussi jeune, belle et athlétique mais la promeneuse du tour du lac est le plus souvent le double parfait de son homologue masculin sauf qu'elle est souvent blonde peroxydée avec une queue de cheval (je ne saurais pas interpréter cette récurrence, certains critères m'échappent). En saison estivale le profil type est plus varié, on se promène en famille, la notion de classe sociale s'amenuise, les chiens sont toujours de race mais plus gros. De temps en temps on croise un couple rarement d'amoureux et parfois, si vous avez de la chance, beaucoup de chance vous me croiserez moi, escortée de la Philosophe.

Mais attention, si vous me croisez le soir, à marée haute et dans le sens des aiguilles d'une montre alors ce n'est pas moi, ce ne peut pas être moi sauf si et seulement si le chien qui m'accompagne vous déclare tout de go que "Tout est dans tout et réciproquement".

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